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La course (12-13 juin): sous le signe du podium... |
Les épreuves se suivent et les résultats se ressemblent : au terme des 24 Heures du Mans, je suis encore monté sur le podium, comme après chaque course depuis le début de cette saison. Déçu de ne pas avoir gagné mais heureux d'avoir terminé la course sans avoir fait d'erreur, et donc satisfait du devoir accompli... Voici le résumé du week-end :
1ère séance d'essais (mercredi soir) : Ca commence mal, il y a des problèmes électriques et toute la séance va être gâchée par la recherche de la panne. Le verdict est sans appel : il va falloir changer tout le faisceau de la voiture, ce qui va prendre plusieurs heures à un moment mal choisi. L'anecdote, c'est qu'un Allemand en a chassé un autre : Ralf Kelleners, le fils de Helmut Kelleners qui se battait contre mon père Jean Ortelli en Championnat d'Europe de la montagne, dans les années 70, a remplacé sur notre voiture Timo Bernhardt. Je connais bien Ralf, j'ai déjà couru avec lui, sur Porsche, et je suis ravi de le retrouver. Quant à Romain Dumas, je sais qu'il est top et qu'on a toujours des bons résultats ensemble (cf la victoire aux 24 Heures de Spa-Francorchamps en 2003).
2ème séance d'essais (jeudi soir) : Les problèmes électriques sont résolus mais il y a un énorme déséquilibre sur la voiture, entre le côté droit et le côté gauche. Nous ne comprenons pas pourquoi, il y a beaucoup de survirage dans les virages à droite, ça ne peut pas être les pneus car nous avons les mêmes gommes sur les quatre roues, et pour une fois l'expression ?mystère et boule de gomme' est particulièrement adaptée. Autre problème, notre Porsche rend au moins 20 km/h en ligne droite à la Porsche américaine de Maassen-Bergmeister-Long, ce qui va limiter nos ambitions en course. Nous arrachons le 4ème temps en LM GT sur la grille, mais ce n'est pas très grave, car la course sera longue...
Warm-up (samedi matin) : Après avoir beaucoup réfléchi, nous avons eu le temps de mettre la voiture sur la balance vendredi et nous avons découvert le pot aux roses : 80 kilos d'écart entre les deux côtés, et 160 kilos en ?cross' (entre avant-gauche et arrière-droit), à cause d'une erreur de montage et de réglage des amortisseurs, dans la précipitation liée au temps perdu pour résoudre les problèmes électriques de mercredi. Le problème, c'est qu'il faut revoir tous les réglages que nous avions fait pour corriger le comportement de la voiture... avant de savoir quel était le problème. J'ai en gros 20 minutes, soit moins de 5 tours, pour reprendre tous les réglages de la voiture en vue de la course. Comme je connais les Porsche par c?ur, je réussis ce challenge en m'arrêtant après chaque tour du warm-up, sous les yeux des ingénieurs de Porsche, Norbert Singer en tête, qui ont l'air impressionnés. A la fin du warm-up, les réglages sont parfaits et nous sommes confiants.
Course (dimanche) : Je prends le départ et je suis très heureux d'être à nouveau là, après avoir raté l'édition 2003, pour de sombres histoires de politique entre l'ACO et le Team Freisinger Motorsport. C'est ma 9ème participation à la plus grande course du monde, je suis bien entouré, et je suis sûr qu'on va se faire plaisir. Notre tableau de marche est sans surprise, avec un maximum de double relais et un minimum de changement de pneus pour gagner du temps, en profitant de l'endurance des Dunlop. Le premier problème, c'est que Ralf Kelleners, habitué au confort de la Ferrari qu'il pilote aux USA en American Le Mans Series (veste réfrigérante, etc.), prend un coup de chaud dans la Porsche, en fin de journée, et se retrouve tellement mal qu'on ne va plus le revoir au volant jusqu'à la fin de la course. Il va donc falloir tout faire à deux, Romain et moi. Qu'à cela ne tienne, nous grappillons des secondes et nous prenons la tête du GT vers 3 heures du matin, pour ne plus la lâcher jusqu'à midi, avec au passage un meilleur tour signé par Romain, au petit matin, quand la piste est froide et le temps frais.
A midi, alors que nous avons plusieurs tours d'avance sur la Porsche américaine, c'est la catastrophe : des coupures moteur inexplicables, de plus en plus nombreuses et de plus en plus embêtantes. Je me retrouve à 130 km/h dans la ligne droite, avec les warning, en priant pour arriver au bout de ce tour pour rentrer au stand... où personne ne comprend ce qui se passe. Les minutes défilent, les mécanos tapent sur le tableau de bord, et tout d'un coup l'un d'eux a une inspiration géniale : il sort une disqueuse, commence à découper une trappe dans le capot moteur, enfonce le bras dans la trappe et retire l'objet du délit, un capteur de volant moteur. C'est une pièce à un euro, qui n'a jamais lâché sur une Porsche de compétition... jusqu'à aujourd'hui. Le plus important, c'est que nous allons pouvoir finir la course. Pendant mon dernier relais, j'arrive à remonter dans le même tour que la Porsche japonaise qui nous précède, mais il est trop tard pour envisager de la dépasser. Quant à la Porsche américaine, elle a bien profité de nos soucis et va finir à la 10ème place au général en remportant le LM GT. C'était notre objectif, on a failli l'atteindre, à trois heures près, mais c'est comme ça, c'est la course. Je passe sous le drapeau à damiers, je rentre au parc fermé, nous montons sur le podium, il y a du champagne, des milliers de spectateurs. C'était quand même un beau week-end...
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